Breendonk

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Le fort

(Aurore Desmit et Alexandra Jacobs)

Le fort de Breendonk a été construit en 1906. Il fait partie de la ceinture défensive d’Anvers, entre les forts voisins de Liezele à l’ouest et de Walem à l’est. Pendant la Première Guerre mondiale, Breendonk a été bombardé. Durant l’entre-deux guerres, l’armée belge va utiliser le fort comme caserne et ensuite comme Quartier Général en cas d’invasion. Le roi Léopold III s’y retirera d’ailleurs avec son état major durant la campagne de 1940.

C’est le 20 septembre 1940 que Philip Schmitt, le major SS, arrive au Fort de Breendonk qui devient un camp de prisonniers pour la police politique allemande. Breendonk est situé à mi-chemin entre Bruxelles et Anvers, les villes où réside la plus grande partie de la population juive. Pendant la première année d’occupation, les juifs seront la moitié du nombre total de prisonniers : ils arrivent à Breendonk parce qu’ils ont transgressé les règles anti-juives. Ils ne sont pas exterminés systématiquement, mais cela change en 1942 lorsqu’on installe un camp de rassemblement pour juifs dans la caserne Dossin (Malines) avant leur transfert à Auschwitz. Beaucoup de juifs disparaissent alors de Breendonk qui devient un camp pour les prisonniers politiques et les résistants. Par la suite, la population dans le camp s’accroît fortement quand les communistes sont arrêtés. Le camp de Breendonk est considéré comme un camp de rassemblement et non de concentration, même si les régimes ne diffèrent que de peu. La sous-alimentation et les travaux forcés minent les corps, les sévices peuvent entraîner la mort … Et puis, plus le temps passe, plus le régime se durcit.

Plusieurs salles sont installées, comme la salle de torture pour les « interrogations renforcées » des résistants. Un terrain d’exécution est aménagé en 1941 où des prisonniers sont fusillés pour cause d’attentat commis par la résistance. Au total, 3500 personnes, parmi lesquelles une trentaine de femmes, ont connu « l’enfer de Breendonk ». Environ la moitié des 3500 prisonniers en sont revenus vivants.

Portant le numéro 2470, Léon-Ernest Halkin, professeur d’histoire à l’Université de Liège et résistant raconte: « Toutes les classes sociales, toutes les professions, toutes les opinions sont représentées. Les Flamands pardonnent aux Wallons de ne pas être Flamands, les manuels ne méprisent pas trop les intellectuels, et les croyants peuvent prier sans risque d’éveiller l’ironie des communistes. Un même esprit rapproche et réunit tous ces hommes, égaux devant l’Allemand et devant la mort. Je n’ose pas l’appeler patriotisme, mais bien amour de la liberté. Peu à peu, la communion dans la souffrance crée une véritable intimité, les barrières s’abaissent, les préjugés s’effacent, la méfiance s’oublie et de belles amitiés se nouent malgré le cadre infiniment antipathique dans lequel il nous fait vivre. »

Dans le cadre de notre parcours scolaire, nous avons eu l’opportunité de nous rendre au fort de Breendonk. Lors de cette visite, nous avons pu mieux comprendre la peur et la misère qu’ont subies les prisonniers.
Voici d’ailleurs quelques témoignages à propos des moments passés dans le fort par les détenus :
« La peur nous saisit à la gorge et ne nous quittera plus… » - Edgard Marbaix
« Devant nous, la porte sombre … A gauche et à droite, une clôture en barbelés, les bétons du Fort s’allongent devant nous, tout autour, la campagne déserte … Et la peur a serré nos cœurs dans ses griffes, qui ne nous lâcheront plus. La peur, car c’est Breendonck qui est devant nous, camp de concentration de la Gestapo belge, Breendonck-la-Mort ! » - Edgard Marbaix
« Pour moi, c’était simplement l’envie d’infliger des sévices » avoue Fernand Wyss, brutaliseur.
« Les hommes sont sortis des rangs. Ils sont allés se mettre contre le mur. Alors on leur tondait les cheveux encore une fois. Et on nous enfermait dans la chambre, et plus tard, on entendait les détonations. Alors il y avait des véritables crises d’hystérie. Il y avait des types qui se mettaient à gueuler. C’était terrible d’entendre la chambre des juifs. Ils avaient un chant funèbre qui était d’une tragédie … Vous n’avez pas idée de ce que ça pouvait résonner. » - Wilchar

Lors de la visite des chambrées, nous avons pu apercevoir des paillasses, ni confortables ni hygiéniques. A l’époque, les poux infestaient les chambres. L’odeur putride de mort y semble toujours présente. Dans le couloir, il y avait peu de lavabos pour assurer l’hygiène précaire des habitants.

Ce fort fait vraiment froid dans le dos. L’imaginaire fait sans cesse référence à toutes les atrocités commises durant la Seconde Guerre mondiale. L’isolement du lieu entrainait alors l’isolement mental des victimes, prises au piège de la mort. Aucun recours n’était possible, mis à part mettre fin à ses souffrances. De plus, les détenus devaient effectuer de nombreuses corvées, comme par exemple porter des sacs de pierre de plus de 25 kilos, pour éviter pire.

Nous avons également vu la salle où les résistants étaient torturés, traumatisés pour obtenir des informations sur d’autres groupes de personnes ne voulant pas se soumettre à l’occupant. Différentes méthodes étaient utilisées pour torturer. Un petit égout avait même été installé pour récolter les urines, le sang…
« Le crochet fut passé dans les liens qui tenaient mes mains attachées derrière le dos. Puis on me hissa avec la chaîne jusqu’à ce que mon corps pende à environ un mètre du sol. Suspendu ainsi par les mains liées dans le dos, on ne peut se maintenir à la force des muscles qu’un très court moment seulement dans une position proche de la verticale. (…) Le souffle se fait court, on n’est plus en état de répondre à aucune question. » - Jean Améry.

Bref, nous ne sommes pas sortis indemnes de cette visite. Cependant, nous recommandons à tous les élèves de se rendre au moins une fois au fort de Breendonk afin qu’ils se rendent compte, comme nous, de leurs propres yeux, que la démocratie est décidément le meilleur des modèles.

Sources

http://www.breendonk.be
« Le Fort de Breendonk, la terreur nazie en Belgique », guide de la visite.

Quelques témoignages d’élèves et de professeurs

« J’ai vraiment compris notre chance de vivre en démocratie… même si elle n’est jamais acquise une fois pour toute ! », me confiait gravement un de nos étudiants au retour d’une journée passée à la caserne Dossin et au Fort de Breendonk.
Nous étions au cœur de l’Humain, là où il importe de reconnaitre, face à la barbarie, le courage, la lutte et la compassion ; là où il nous appartient de relier le passé douloureux dont nous sommes issus à ce présent incertain dont nous devrons, nous aussi, rendre compte plus tard.
Aujourd’hui comme hier, l’essentiel n’est-il pas de garder notre esprit curieux, critique et libre afin que disparaissent la « bête immonde » et ses masques innombrables.
Si nous en avons le ferme espoir, nous auront besoin, plus que jamais, de notre vigilance commune et de ce passage de témoins dont les histoires singulières (à Malines, à Breendonk et ailleurs) tissent la trame inoubliable de l’Histoire elle-même.

J. Gijsen, professeur au Collège Sainte-Véronique

Tout d’abord, ce genre de visite rappelle à quel point l’être humain peut être monstrueux. C’est en effet bien d’être humain qu’il s’agit. Refuser cette évidence nous ferait commettre, à nouveau, ces horreurs : torture, meurtre, génocide !
Ensuite, on peut parler d’un sentiment de froideur. Il existait en ces lieux un détachement par rapport à ce que pouvions, à ce que nous devions voir. Il était difficile d’imaginer ce qui pouvait s’être passé entre les murs du fort de Breendonck. Les pierres ne peuvent communiquer les atrocités, les sentiments des victimes, leurs peines … Nous ne pouvions que concevoir brièvement ce qu’avait dû être cet enfer. C’est pourquoi nous marchions parmi des cris que nous ne pouvions entendre, parmi des souffrances que nous ne pouvions voir.
En conclusion, nous avons pu entrevoir de manière fort malheureuse lorsque que l’on regarde les tragiques circonstances dans lesquelles elle a vu le jour, une sombre facette de l’homme. Nous avons vu des choses que nous devons garder en mémoire afin de ne jamais les reproduire. Il ne faut cependant pas oublier que, si l’être humain est capable du pire, il peut aussi être capable du meilleur. Et c’est en regardant le pire, que l’on prend conscience du meilleur et que l’on peut garder espoir dans l’humanité.

Thomas Vaes, 5 A

Nous avons découvert la vie quotidienne des prisonniers à travers les murs du fort. La souffrance et l'humiliation de ces hommes se faisaient ressentir à travers les explications et les diverses anecdotes d’un guide particulièrement impliqué. Nous avons été impressionnés, notamment par la salle de torture et les chambres exigües où étaient entassés de nombreux prisonniers. L'enceinte du fort nous a également frappés par son austérité, avec ses hauts grillages surmontés de barbelés.

Marine Lope da Silva, 5 G

Paul Brusson

(Megan Forir et Sophie Wenkin)

Paul Brusson est un militant socialiste. Rescapé des camps de concentration de la Seconde Guerre mondiale, il est né à Ougrée le 29 avril 1921 et nous l’avons rencontré lors de la visite du Fort de Breendonk l’année passée.

Paul Brusson

Pendant la guerre

Paul Brusson commence des études professionnelles à l’Ecole de chaussure de Liège en 1939, puis travaille chez plusieurs chausseurs. Alors qu’il est encore très jeune, il s’engage dans la Résistance, au sein du mouvement « Solidarité », au début de la guerre. Il se fait cependant arrêter par la Gestapo en avril 1942, alors qu’il va avoir 21 ans. Il est détenu au Fort de Huy, puis au Fort de Breendonk, avant d’être envoyé dans plusieurs camps nazis (Mauthausen, Gusenen, Natzweiler-Struthof et enfin Dachau-Allach) où il passe trois ans de sa vie. Là-bas, il est considéré comme un NN, c’est-à-dire un Nacht Und Nebel (Nuit et Brouillard) et est donc perçu comme un ennemi dangereux. Les NN sont en effet des personnes opposées au Reich qui représentent un danger pour l’armée allemande et qui doivent disparaître sans laisser de traces. Fort heureusement Paul Brusson parvient à rester en vie et est libéré de Dachau le 30 avril 1945 ; il retourne alors auprès de ses proches.

Un devoir de mémoire

Après sa libération, il se marie et entre dans la police d’Ougrée. Il participe également à de nombreuses associations patriotiques car il veut faire prendre conscience aux gens de l’importance de préserver les racines de la mémoire et faire découvrir le véritable visage du nazisme. A partir de 1967 et jusqu’à aujourd’hui, il fait visiter les camps à de nombreux groupes constitués d’étudiants pour la plupart. C’est d’ailleurs durant une de ces visites (au Fort de Breendonk) que nous, étudiants au collège de Sainte-Véronique à Liège, avons pu rencontrer Monsieur Brusson en personne.

Paul Brusson est par ailleurs largement impliqué dans toute une série d’associations civiques. Il est ainsi l’un des fondateurs et le vice-président de l’ASBL « Les Territoires de la Mémoire ». Il préside en outre l’Union Liégeoise des Prisonniers Politiques, l’Amicale de Mauthausen et le comité de restauration du Fort de Huy.

En 1997, le Rotary club de Liège a créé l’ASBL « Paul Brusson ».
Celle-ci a pour buts de :

• préserver la mémoire au travers de témoignages et souvenirs des victimes des camps;

• lutter contre les régimes totalitaires et leurs persécutions raciales;

• développer la fraternité entre des hommes de différentes nationalités, religions et philosophies.

Un livre « témoignage »

En 2003, Paul Brusson a publié un livre intitulé « De mémoire vive », écrit avec Pierrot Gilles et dans lequel il raconte sa vie dans les camps nazis. Ce témoignage est son devoir de mémoire et rappelle les atrocités commises dans les camps de concentration durant la Seconde Guerre mondiale.

Source

http://www.territoires-memoire.be/index.php?page=am_article&artid=258

Conclusion

Paul Brusson est donc un homme qui a consacré presque toute sa vie à essayer de faire passer un message : les atrocités commises par un pouvoir totalitaire ne doivent pas être oubliées mais au contraire servir de leçon aux générations à venir car rien n’est plus dangereux que de prêcher le futur et d’oublier le passé. Il faut donc être vigilant, combattre l’extrême droite et la xénophobie et quoi qu’il arrive, garder un esprit combatif.

Les territoires de la mémoire

(Céline Charles et Hélène Decamps)

Paul Brusson a été arrêté par la Gestapo en 1942 à l’âge de 21 ans, il passera trois ans dans différents camps de concentration. Après sa libération il retournera plusieurs fois sur les lieux de son martyr. Depuis 1967, il conduit chaque année des jeunes dans des camps de concentration afin de préserver le devoir de mémoire. Après avoir parlé à d’autres rescapés, Paul Brusson s’est en effet rendu compte que de plus en plus de personnes votaient pour l’extrême droite. Soutenus par plusieurs rescapés des camps de concentration, il décida alors de parler de leurs différents parcours et de les mettre en commun pour créer ce qu’ils ont appelé un Musée d’Education à la Résistance et à la Citoyenneté afin que la jeunesse actuelle ne commette pas les mêmes erreurs que dans le passé.

L’ASBL Les « Territoires de la Mémoire » est donc un Centre Permanent d’Education à la Tolérance et à la Résistance. Elle incite à une réflexion active sur les thèmes de la citoyenneté, de la démocratie, du racisme et de la xénophobie. Son action est fondée sur un élément central : un parcours symbolique expliquant la déportation sous le régime nazi. L’ASBL est loin d’être « passive » en ces temps critiques où le fascisme et l’intégrisme reviennent en force. La simple exploitation du souvenir et le « devoir de mémoire » deviennent en effet insuffisants pour initier les jeunes d’aujourd’hui à faire face à l’oppression qui sévit dans notre monde.

Le parcours symbolique a comme sujet principal la déportation durant la Seconde Guerre mondiale dans les camps de concentration et d’extermination nazis. Le visiteur est transporté, suivant le cheminement des déportés, dans l’enfer concentrationnaire. Via une scénographie innovante, il est immergé au cœur du processus, afin qu’il puisse se rendre compte de l’horreur nazie.

Ce parcours est particulièrement touchant. Le visiteur est guidé à travers une sorte de labyrinthe par tout un jeu de sons et lumières. Chaque pièce a son propre thème qui correspond à chaque étape du processus concentrationnaire, de l’arrestation à la libération. Au fil du parcours, on se rend un peu mieux compte de ce par quoi les déportés sont passés. Ainsi, la première pièce représente un bureau de la Gestapo : on y entend quelques témoignages à propos des arrestations et des interrogatoires violents infligés aux personnes arrêtées. Ensuite, le visiteur se retrouve dans un train à bétail qui transportait les prisonniers jusqu’aux camps ; à nouveau, des témoignages de rescapés font découvrir la barbarie des nazis et réaliser que les prisonniers ignoraient tout de leur sort à venir. Le visiteur passe ensuite dans plusieurs pièces décrivant les conditions déplorables et l’horreur de la vie en camp de concentration. Plusieurs extraits du film « Nuit et Brouillard » touchent le visiteur par la dureté des images prises à la libération. Enfin, la dernière pièce, appelée « Mémoire », interpelle quant au risque de se retrouver à nouveau confronté à l’extrême droite, car la situation politique actuelle semble laisser place à un racisme grandissant, partout dans le monde.

Les « Territoires de la Mémoire » proposent aussi un centre de documentation multimédia qui a pour but d'offrir à ses utilisateurs une documentation complémentaire au parcours symbolique. Le centre comporte, entre autres, des témoignages sur les génocides qui ont eu lieu au cours du XXème siècle, ainsi que des ouvrages pédagogiques sur la démocratie. Il sert à aider les gens à répondre aux questions suscitées par les divers sujets abordés pendant le parcours symbolique, ainsi qu’à trouver des éléments de réponses au sujet des dangers de la société actuelle. Ces dangers consistent en l’émergence, voire l’implantation, des nombreux partis d’extrême droite qui contaminent l'ensemble du paysage politique et influencent les choix de société à travers la Belgique et le monde.

Contrairement à de nombreuses autres associations, les « Territoires de la Mémoire » s'occupent de tous les rescapés et non seulement des juifs. Ils organisent régulièrement des conférences avec les anciens déportés ; ces rencontres sont de véritables « outils pédagogiques » pour informer les jeunes sur leurs parcours et pour leur offrir une ouverture d'esprit sur le sujet. Ils ont aussi créé le Triangle Rouge, un symbole représentant la résistance aux idées des extrémistes. Celui-ci est dédié à tous ceux qui, pendant la période nazi, ont dû porter ce petit bout de tissu rouge triangulaire dans les camps de concentration.

Site internet

www.territoires-memoire.be

Sources

Paul Brusson, in http://www.seraing.be Paul-Brusson.html
Les territoires de la mémoire in
http://www.liegeonline.be/fr/entr/termem01.html

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